vendredi, 20 novembre 2015 17:50

Meunier, le métier de mon ancêtre

Mon ancêtre Maurice Déry est arrivé en Nouvelle-France vers 1672, il était âgé d’environ 15 ans et accompagnait ses parents Nicolas Déry et Élisabeth Bertrand. Il fut l’ancêtre d’une vingtaine de meuniers dans la région de Québec.
La semaine précédente le moulin n’avait pratiquement pas «tourné» car le débit d’eau était insuffisant pour entraîner la roue hydraulique procurant l’énergie nécessaire à son fonctionnement. Le meunier Maurice Déry en avait profité pour réaliser les travaux d’entretien constamment requis : le graissage des engrenages, la réparation des arbres de couches, des paliers, des courroies et des poulies, le nettoyage et le brossage des meules; il y avait tellement à faire et le temps manquait en cette période de récolte.
Les habitants, eux, avaient profité de la grande chaleur pour ramasser leurs grains et les transporter au moulin.
Après l’abondante pluie d’hier, Maurice savait que sa journée serait bien remplie. Il se lève donc à l’aube, prend un déjeuner composé d’un morceau de porc frais accompagné de tranches d’oignon et d’une miche de pain trempée dans de l’eau-de-vie.
Aussitôt terminé, il quitte son logis et se rend dans la partie du bâtiment qui renferme la mécanique du moulin. Fort de son savoir-faire, il va d’abord observer le débit d’eau du canal d’amenée qui assure le fonctionnement de la roue à aube verticale; il constate un excellent débit ce qui le rassure.
Maurice monte à l’étage pour y déverser les grains dans un réservoir en forme d’entonnoir, la trémie, laquelle est positionnée au-dessus des meules.
Le meunier Maurice descend ensuite au rez-de-chaussée, il actionne des vannes qui régularisent la force de l’eau tombant sur la roue à aube, qui elle, entraîne le mécanisme permettant à la meule supérieure de tourner au-dessus de la meule inférieure, cette dernière étant la meule dormante. Simultanément les grains placés dans la trémie commencent à s’écouler vers le centre des deux meules où ils sont broyés, séparant ainsi le son (l’enveloppe) de la farine (l’amande).
Maurice doit s’assurer qu’il y ait toujours du grain entre ses deux meules sinon, des étincelles dues au frottement des pierres entre elles peuvent déclencher un incendie, la poussière de farine contenue dans l’air étant combustible.
Le meunier doit également ajuster l’écart entre les deux meules car cet espacement détermine la finesse de la farine obtenue. Au sortir des meules la mouture (son et farine) est ensuite acheminée à l’étage, via un élévateur à mouture. C’est à cet endroit qu’elle est versée dans un blutoir, lequel sert à tamiser la farine pour la séparer du son.
En ce début de soirée, Maurice entendait à peine, comme profondément enfouies dans sa tête, les paroles de la comptine « Meunier tu dors. Ton moulin, ton moulin va trop vite… ». Il sursauta et réalisa soudain qu’il s’était assoupi, dans sa chaise, épuisé par sa rude journée d’ouvrage, il ouvrit les yeux et rencontra le joli sourire de Madeleine, son épouse, qui continuait sa turlutaine tout en filant de la laine sur son rouet.
Le meunier en plus d’avoir «le nez dans la farine» devait travailler dans un environnement bruyant et devait somme toute composer avec des équipements rudimentaires dont l’ajustement précis était une question de savoir-faire et de connaissances acquises au fil des années. Un bon meunier ne se fabrique pas du jour au lendemain.
Le meunier devait être un passionné!

André Déry

Lu 1226 fois Dernière modification le vendredi, 20 novembre 2015 17:55

1 Commentaire

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Partenaires

BAnQNormandin