Les clefs de la diplomatie

Le protocole diplomatique entre Amérindiens et Européens vers 1700

L'arrivée des Européens en Amérique du Nord entraîne des bouleversements majeurs dans l'histoire des Autochtones. Ils seront désormais confrontés à la logique d'États colonisateurs, qui s'approprient l'espace, et imposent un nouvel ordre, le leur. Bien que ce soit la fin d'une époque, les Autochtones demeurent les maîtres de leur destinée et à bien des égards, profitent des rivalités entre les puissances coloniales pour promouvoir leurs intérêts. Jusqu'au début du XIXe siècle, les Amérindiens continuent à former une force militaire avec laquelle les Français et les Britanniques doivent composer.

 

Estampe | Nicholas Vincent Tsawenhohi | M20855De ce fait, dans les premiers siècles de la rencontre, l'alliance est inscrite au cœur des relations entre Amérindiens et Européens. Le maintien d'un réseau étendu d'alliés autochtones constitue d'ailleurs une priorité pour les Européens, qui cherchent à établir leur domination sur l'intérieur du continent. Vers 1700, deux grands systèmes d'alliances structurent la scène géopolitique du Nord-Est américain. Un premier réseau qui implique la Nouvelle-France est centré autour des Wyandots (Hurons-Pétuns) et des Outaouais et regroupe la plupart des nations des Grands Lacs, l'autre réseau est constitué de la Confédération iroquoise, appelée les Cinq-Nations, et la colonie de New York. Le jeu d'alliances tant économiques, politiques que militaires obligeait les Européens à entretenir de solides relations diplomatiques.

Ces contacts entre civilisations distinctes sont l'occasion d'échanges culturels, et cela dans un sens comme dans l'autre. Les Européens ont dû faire face à une nécessaire adaptation aux réalités autochtones. La diplomatie amérindienne constitue précisément un secteur privilégié de cet ajustement culturel. En effet, le protocole diplomatique qui régissait les relations euro-amérindiennes demeurait essentiellement de nature autochtone. Ce qui ne signifie pas que les Européens n'ont pas de leur côté apporté des éléments nouveaux et ainsi modifié certains aspects de la diplomatie, ni que les deux parties aient toujours eu la même conception et la même interprétation des rituels qui formalisaient leurs relations politiques et économiques. Cependant, il demeure évident que les premiers colons, tant du point de vue de la logique des alliances qu'à travers les mécanismes du protocole, ont dû se conformer à des coutumes pluriséculaires totalement étrangères à leurs mœurs.

Cliquez pour agrandir l'image. Source de la carte : www.cmp-cpm.forces.gc.ca Les Autochtones et l’expérience militaire canadienne. Chapitre Un : L’arrivée des européens : les guerres du XVIIe siècle

 

Les bases d'une bonne entente

Le fondement d'un réseau d'alliances s'inscrit dans la logique amérindienne de l'échange commercial. Au tournant du XVIIIe siècle, la traite des fourrures constitue l'activité économique principale pour les colons et les Amérindiens jouent un rôle essentiel dans le développement de ce commerce. Sur sa base se cristallisaient les traités politiques et militaires, car il n'existe pas d'alliance sans relations économiques. C'est une réalité du monde amérindien et les Français durent s'y conformer pour rester crédibles en tant que partenaires diplomatiques.

La Nouvelle-France vivait dans la crainte de voir ces alliés des Grands Lacs aller commercer avec les Anglais d'Albany, car cela aurait signifié non seulement la perte d'associés économiques, mais aussi la ruine de l'alliance politique et militaire. Les Français ne pouvaient se permettre de se retrouver sans soutien amérindien, cela les aurait rendus trop vulnérables face aux attaques de leurs ennemis. En effet, en guerre depuis le début du XVIIe siècle contre les Cinq-Nations iroquoises; les Français et leurs alliés autochtones mènent une longue bataille, entrecoupée de trêves. Les Français adoptent surtout une attitude défensive dans le conflit avec les Iroquois, laissant à leurs alliés le soin de faire des raids contre les villages des Cinq-Nations. De plus, en 1689, la guerre éclate entre la France et l'Angleterre (guerre de la ligue d'Augsbourg) et les rivalités intercoloniales débouchent sur un conflit armé. Bien que les cadres des anciennes rivalités autochtones ne sont plus, dépassés par la lutte entre les puissances coloniales, les Français ont plus que jamais besoin de l'appui de leurs alliés amérindiens pour affronter les Iroquois et les Britanniques. Pour maintenir ses positions en Amérique du Nord, la France avait donc besoin de l'assistance des Amérindiens.

Le commerce des fourrures nécessite la participation active des Amérindiens, qui sont d'efficaces pourvoyeurs des peaux de castor que les marchands recherchent avec avidité. De leur côté, les Amérindiens ont aussi intérêt à commercer avec les Français, parce qu'ils apprécient grandement les produits qu'on leur troque contre leurs fourrures dont ils deviennent rapidement dépendants. Les objets en métal (haches, couteaux, pointes de flèches, chaudières…) sont particulièrement appréciés. Dès le premier tiers du XVIIe siècle, ces marchandises ont remplacé nombre d'outils traditionnels en os, en pierre et en bois, moins efficaces, moins résistants et souvent très longs à confectionner.

Le commerce des fourrures prend appui sur un système d'intermédiaires autochtones. Source de l’image : William Faden. Carte des régions inhabitées du Canada (détail, 1777). Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 2926912.

Le développement du commerce des fourrures a des incidences directes tant sur la politique coloniale que sur celle des différentes nations amérindiennes. Pour ces derniers, il devient rapidement essentiel de contrôler les voies d'accès qui conduisent aux comptoirs de traite européens, que ce soit ceux des Français dans la vallée du Saint-Laurent ou des Hollandais dans la vallée de l'Hudson.

Les grands axes de la pénétration coloniale européenne deviennent ainsi l'objet d'intenses rivalités entre nations amérindiennes. Celles qui contrôlent des espaces stratégiques sont en mesure soit de s'imposer comme des intermédiaires dans le commerce avec les Européens ou encore d'exiger des compensations des autres Amérindiens qui doivent franchir leur territoire. C'est le cas notamment des Algonquins qui contrôlent la rivière des Outaouais : ils imposent des droits de passage élevés aux Hurons qui descendent chaque année jusqu'aux comptoirs de traite français. Les Européens surent tirer parti de cet engouement et s'adapter à ce principe fondamental autochtone qui veut qu'il n'y ait pas d'alliances sans relations économiques.

Les présents ouvrent toutes les portes

Les Amérindiens admiraient la générosité et la réciprocité dominait leurs échanges. Dans le commerce et la diplomatie, la coutume était de donner des cadeaux, une véritable institution à laquelle ne peuvent échapper les premiers colons. Le présent, essentiel, cimentait les alliances, nourrissait le rituel de l'échange commercial et celui de la conférence diplomatique et contribuait à l'entretien des ententes d'amitié. Les Amérindiens considéraient que les traités, une fois conclus, devaient être, afin d'être maintenus en vigueur, remémorés chaque fois que c'était possible par des échanges cérémoniels. Ainsi, la distribution périodique de cadeaux apparaissait essentielle au maintien de ces alliances qui s'avéraient si profitables aux puissances coloniales.

Les armes à feu étaient très prisées par les Amérindiens parce qu'elles leur apportaient un avantage militaire indéniable sur leurs ennemis. Les Français hésitent longtemps à vendre des armes à leurs alliés autochtones, craignant qu'elles ne se retournent un jour contre eux. «Guerrier iroquois muni d'une arme à feu ». Dans J. Grasset de Saint Sauveur, Encyclopédie des voyages. Costumes civils, militaires et religieux, 1793.

Chaque année, les métropoles devaient prévoir la nature et l'ampleur des présents destinés aux nations alliées, en particulier à leurs chefs. Pour les colonisateurs, c'était une obligation qu'il fallait respecter pour signifier leur gratitude envers leurs hôtes amérindiens, mais surtout un moyen indispensable pour les inciter à agir selon leurs intérêts. Dans un contexte de rivalités et de méfiance, l'échange de biens exprimés sur un mode d'une générosité mutuelle permettait d'alimenter la confiance entre les partenaires. Cette logique, cet esprit du don, appartenait à la culture autochtone. Les Européens considéraient ce procédé comme un instrument diplomatique de rétribution de services militaires et nécessaire à la préservation des alliances.

En somme, l'échange de présents exprimait une obligation diplomatique pour les Européens, mais pour l'Amérindien c'était bien davantage. Dans la culture indienne, l'objet possède une signification symbolique, offrir des cadeaux s'apparente à un langage; ils parlent mieux que les lèvres, suivant une métaphore indienne.

 

Ambassade, ambassadeur et interprète

Les pourparlers diplomatiques se réalisaient par le moyen d'ambassades où chaque acteur tentait de ménager au mieux ses intérêts politiques, militaires et économiques. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une règle absolue, les ambassadeurs étaient généralement reconnus par leurs hôtes et bénéficiaient d'une sorte d'immunité diplomatique. Les Amérindiens utilisaient, en temps de guerre, des députés estimés neutres pour entamer ou relancer un processus de pourparlers. Il pouvait s'agir d'autochtones «domiciliés» dans la colonie ayant conservé des liens avec leur nation d'origine. De la même façon, les jésuites installés parmi les Amérindiens et les quelques Français adoptés par eux étaient utilisés comme ambassadeurs. La confiance que leur portaient les Amérindiens en faisait d'excellents diplomates.

Lors de grandes rencontres diplomatiques, les ambassadeurs autochtones portaient parfois des vêtements reçus de leurs alliés européens. «Grand chef de guerriers iroquois». Dans J. Grasset-Saint-Sauveur, Encyclopédie des voyages. Costumes civils, militaires et religieux, 1793. Musée de la civilisation, bibliothèque du Séminaire de Québec, fonds ancien.

Du côté autochtone, le meilleur orateur était désigné comme ambassadeur. Chez les nations indiennes, autant huronnes, iroquoises qu'algonquines, il existait en effet des orateurs dont le rôle était de «porter la parole » du conseil de leur nation. Il ne s'agissait pas nécessairement des chefs, les orateurs étaient choisis pour leur maîtrise de la parole, leur éloquence. Il convient à cet égard de préciser que le chef, dans les sociétés amérindiennes, n'est en rien dépositaire d'une quelconque souveraineté, il agit davantage comme porte-parole. Donc, il doit être doué d'un certain talent oratoire. Ainsi, l'Autochtone qui manie le verbe avec dextérité se trouve disposé à jouer un rôle politique et diplomatique.

Les interprètes, essentiels dans les conférences euro-amérindiennes étaient le plus souvent des missionnaires jésuites et des coureurs des bois. Ils devaient leurs compétences linguistiques à leurs nombreux contacts avec les Autochtones. Généralement, ils se souciaient que leurs harangues soient bien traduites et leur rhétorique pleinement restituée.

Cérémonie d'accueil et rituel de condoléances

Un rituel protocolaire incontournable d'inspiration amérindienne était observé lors de rencontres diplomatiques où il est alors possible de prendre toute la mesure de l'adaptation européenne. Les rencontres de grande ampleur étaient précédées par des invitations émises plusieurs mois à l'avance par les acteurs concernés. À la fin du XVIIe siècle, les sites privilégiés lorsque les Français recevaient étaient Montréal et Québec. Une fois sur place, les discussions ne commençaient pas immédiatement; en général, les députés que l'on avait accueilli quelques lieues à l'avance, étaient invités à se reposer pendant quelques jours avant que ne débute la conférence proprement dite.

L'objet de la mission et la formule de présentation pouvaient varier, mais le discours, à ce stade, était fort bref. Le moment était au mot de bienvenue. Cela faisait partie de la cérémonie d'accueil accomplie par les Amérindiens à l'égard de leurs partenaires diplomatiques, cérémonie préliminaire à tout pourparler qui comprenait, également, un rituel de condoléances.

En effet, selon la coutume amérindienne, les pourparlers qui étaient constitués d'une série de rencontres étalées sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines, débutaient par l'expression des condoléances. En mars 1699, une ambassade iroquoise venue à Montréal pleura devant le gouverneur Louis-Hector de Callière la mort de son prédécesseur, Frontenac. Ce rituel correspondait à une cérémonie essentielle à la vie politique de la majorité des Amérindiens du Nord-Est américain, à savoir le conseil des condoléances, consacré au deuil des chefs décédés et au soulignement de la venue de leurs successeurs.

Les Européens, qui voulaient conclure des affaires avec les Amérindiens, s’adaptèrent à ce rite ancré dans les traditions autochtones. À preuve les paroles de Callière adressées aux ambassadeurs iroquois en septembre 1700: « Je pleure les morts que vous avez perdus […] et nettoie la terre qui a été rougie de leur sang. ». Une fois le rituel des condoléances achevé, on fumait le calumet tour à tour, afin d'apaiser les esprits de chacun et créer ainsi des sentiments favorables à une bonne entente. L'orateur désigné se mettait alors en scène, muni de ses indispensables colliers de wampum.

Des parures qui en disent long

Les Amérindiens accompagnaient leur discours de colliers de wampum et de branches de porcelaine. Cette coutume était indispensable à la diplomatie amérindienne. : « On ne sauroit faire aucune affaire, ni entrer en négociation [avec les Amérindiens...] sans l’entremise de ces Coliers » écrit le baron de Lahontan au début du XVIIIe siècle. Les Européens en avaient rapidement compris l'importance et les utilisaient.

Wampums du XVIIIe siècle. BACQUEVILLE DE LA POTHERIE, Claude Charles Le Roy de. Histoire de l’Amérique septentrionale, Paris, Jean-Luc Nion et François Didot, 1722, t. 1, p.334.

Le wampum tel qu'on le connaissait aux XVIIe et XVIIIe siècles était fait de fragments de coquillages marins arrondis et polis par frottement; puis troués et enfilés. C'est de la côte de la Virginie et dans la région de la Nouvelle-Angleterre que l'on tirait les coquilles nécessaires à leur confection qui se répandaient grâce aux échanges commerciaux. Aucun détail de la présentation n'était dû au hasard: la taille du wampum, sa couleur, les motifs créés par l'alternance des grains blancs ou foncés. Les branches de porcelaine, plus petites et moins larges que le collier, avaient une valeur symbolique moindre lors des négociations. La couleur blanche signifiait la paix, le violet symbolisait le deuil et le rouge - obtenu par la teinture des grains - était signe de guerre.

Le collier véhiculait toujours un message, il tenait lieu de paroles, d'écriture et de contrat. L'échange des colliers représentait une formalité de droit, qui équivalait à la signature solennelle d'un traité. «Pour les Amérindiens, le wampum véhiculait la voix et la parole, il avait pour but d'affirmer et de valider de manière ritualisée le message transmis.» (Havard, 1992). Le collier de wampum qui accompagnait une proposition pouvait être accepté ou refusé. Si le collier était accepté, cela voulait dire que la demande serait prise en considération et obtiendrait une réponse soutenue par un autre collier. S'il était refusé, c'est que le message était rejeté d'emblée. Le wampum était conservé comme un document précieux, il faisait figure d'archive qu'on «relisait» régulièrement pour en conserver le message et le transmettre aux générations suivantes.

L'Arbre de Paix: éloquence et langage métaphorique

Chez les Amérindiens qui ne connaissaient pas l'écriture, les traités étaient un échange de paroles acceptées de part et d'autre. C'est pourquoi l'éloquence jouait un rôle si important dans la diplomatie autochtone. Les premiers observateurs européens ne furent pas longs à remarquer la place que tenaient harangues et discours dans la vie sociale et politique des Amérindiens. Un jésuite du XVIIe siècle, Pierre Biard remarquait : « Ces gens, je crois, sont les plus grands harangueurs de toute la terre, ils ne font rien sans cela. »

Leur maîtrise de la parole éclatait au grand jour à l'occasion des rencontres diplomatiques. Leurs discours politiques avaient bien souvent un vocabulaire convenu et des images toutes faites, hérités de lointaines générations. Les orateurs amérindiens employaient un langage essentiellement métaphorique. «Planter l'arbre de paix» est un symbole significatif pour les Autochtones et confirme leur espoir d’une véritable paix. Tout leur talent résidait cependant dans l'art de dramatiser chaque proposition pour développer de manière symbolique leur discours : « [...] mettant pleinement en œuvre les ressources de la voix, du geste et de l’imagination, il n’est pas rare qu’à la parole ils allient le chant et la danse, et que, plantant un décor imaginaire, ils recourent à la pantomime. » (Vachon, 1968).

Ambassadeur iroquois qui fut dépêché auprès des habitants d'un village agnier. Dessin à l'encre du jésuite Louis Nicolas vers 1700, Codex canadensis.

Une telle maîtrise de la parole laisse entrevoir la place importante que tenait l'éloquence dans la société amérindienne ainsi que le prestige et le pouvoir qu’elle conférait. L'organisation politique des Amérindiens du Nord-Est reposait sur le principe de l'unanimité. On recherchait le consensus en l'absence de force coercitive pour imposer les vues des dirigeants, la mise en œuvre des décisions du conseil reposait sur le consentement de chacun. La vie politique prenait une orientation particulière: tous les efforts étaient orientés vers la recherche d'une position qui rallie l'ensemble de la collectivité. En ce sens, les orateurs étaient hautement estimés pour leur aptitude à présenter clairement l'enjeu des débats et à dégager des solutions qui emportaient l'adhésion de tous. Ainsi, les chefs n'avaient d'autorité qu'à proportion de leur éloquence.

Conclusion

Ironiquement, les Européens, à travers les mécanismes du protocole diplomatique, durent donc s'adapter à des rituels de gens jugés « sauvages» ou «barbares» pour avoir la possibilité de conclure des ententes avec eux. À l'instar des éléments qui structuraient et agrémentaient le protocole des rencontres euro-amérindiennes, les principes fondamentaux de l’alliance obéissaient à une logique autochtone. Le commerce était le lien le plus fort des alliances, comme l'expliquait un orateur iroquois au XVIIIe siècle : « Le commerce et la paix ne font qu’un. » L'esprit du don, originellement amérindien, s'insérait dans les structures de la diplomatie en vue de la préservation indispensable des alliances autochtones. Peu importe avec quelle nation les Européens traitaient, ils étaient confrontés à la même culture diplomatique amérindienne, tant dans l'usage qu'ils faisaient de l'éloquence que dans la valeur qu'ils accordaient aux colliers de wampum.

Sous l'effet de l'interaction culturelle, les Européens ont aussi enrichi quelque peu le modèle du traité, ne serait-ce que par le salut de la mousqueterie qui accueillait la venue d'une ambassade ou l'introduction de l’alcool dans les festins qui clôturaient la tenue de grande assemblée diplomatique.

Ils tenaient également à ce que les accords d'importance comme les traités de paix soient portés par écrit et signés par chaque parti. Appartenant en propre à la culture diplomatique européenne, le document écrit transformait en droit ce qui n'était jusque-là que paroles. Il s'agissait pour les Européens d'officialiser les propositions diplomatiques émises au travers des discours. Les chefs amérindiens avec lesquels ils négociaient un accord apposaient leur marque sur le traité en guise d'authentification.

Extrait du traité de la Grande Paix de Montréal signé le 4 août 1701 par plus d'une quarantaine de nations autochtones. La Grande Paix de Montréal clôt un chapitre majeur de l'histoire canadienne, car elle met fin à presque un siècle de ce que les historiens ont appelé «les guerres iroquoises». Secrétaire de Callière et autre main (pour les pictogrammes) — Numérisation et collage de 3 pages du livre : La Grande Paix, Chronique d'une saga diplomatique, Alain Beaulieu, Montréal, éditions Libre Expression, 2001. 

Toutefois, c'est l'adaptation européenne qui prime. Cette capacité à épouser le jeu de l'autre est illustrée par cet exemple frappant qui permet, de plus, de prendre la mesure des talents de diplomate du gouverneur Frontenac: «En août 1690, lors d’une conférence importante avec les nations alliées tenue à Montréal, le comte de Frontenac, aristocrate sexagénaire élégamment vêtu, bien poudré et emperruqué, se mit à entonner la chanson de guerre la hache à la main, rejoignant les Amérindiens dans leurs danses cérémonielles. Et La Potherie de rapporter: «Les cris et les hurlements que Mr de Frontenac était obligé de faire pour se conformer à leur manière augmentoit encore la fureur bachique » (Havard, 1992).

Julie Demers

Bibliographie

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