L'émigration féminine

Dès 1636, on encourage les unions permanentes entre Européens et Amérindiennes, mais d’abord il faut procéder à l’instruction dans la religion catholique des Amérindiennes. On veut européaniser les natifs pour en faire des citoyens français en favorisant les mariages. Devant les résultats désastreux de ces mariages, le gouverneur Vaudreuil les interdit dès 1709. Pas facile : « les sauvagesses sont faciles et les coureurs des bois et les soldats sont débauchés ». Le roi acceptera les arguments du gouverneur et les interdira complètement en 1716.

Première période 1608-1663 (plus ou moins 230 femmes)

Pendant ses 20 premières années d’existence, le poste de Québec ne comprend que quelques familles qui s’occupent du commerce des fourrures avec les Indiens. L’Angleterre remet la colonie à la France en 1632, année où Champlain revient avec quelques colons. À partir de cette date, la population augmentera lentement par l’arrivée de quelques familles. La première mention d’une émigration de filles à marier remonte à 1639. Entre 1632 et 1648, 34 femmes traverseront l’Atlantique.

La Compagnie des Cent Associés doit transporter et établir des gens de métier, hommes et femmes, elle n’a pas l’autorisation d’amener des forçats, des mendiants ou des gueuses. Démontrant que la volonté du roi et du cardinal Richelieu que la Nouvelle-France ne sera pas une colonie pénale. Les gens de mauvaise vie ne peuvent assurer un établissement solide ni contribuer à la conversion des Sauvages.

Avant 1649, la Nouvelle-France ne reçut aucun contingent de filles à marier ; celles qui viennent arrivent avec leurs parents ou une personne garante de leur bonne conduite antérieure. Les familles qui s’établissent avec leurs enfants sont la source la plus sûre où puisent les colons célibataires qui désirent se marier.

En 1650, sept nouvelles venues contractent mariage dans la colonie, il s’agit de « quelques vertueuses filles » amenées avec Jeanne Mance. Jusqu’en 1655, les veuves ou les filles venues seules sont au nombre de 29. De l’été 1654, au printemps 1655, on dénombre 20 mariages, dont 9 contractés à Montréal ; il s’agit de quelques filles arrivées en 1653. Le Père Godbout ajoute  « qu’elles ne se marièrent pas l’année de leur débarquement. Elles se préparèrent une année durant vraisemblablement sous la tutelle de sœur Bourgeoys ou des Ursulines de Québec, aux devoirs de la vie conjugale ».

1658 voit arriver 32 filles à marier.

Deuxième période 1663-1673 (plus ou moins 800 femmes)

En 10 ans la colonie voit augmenter sa population grâce à l’arrivée du régiment de Carignan-Salières et des Filles du Roy. Le voisinage des Indiens nuit à l’émigration, car les gens ont peur. La France décide de les rassurer en envoyant le régiment de Carignan-Salières, sous le commandement du marquis de Tracy. Les soldats arrivent en Nouvelle-France entre juin et septembre 1665. La France envoie des familles mais aussi de nombreux célibataires. Ces derniers s’établissent sur des terres et les autorités doivent leur procurer des épouses.

En 1666, l’intendant Talon fait un recensement général des effectifs de la colonie, en excluant les soldats : 3 418 personnes, dont 1 344 hommes de 16 à 50 ans. La France déclare la guerre à l’Angleterre en janvier 1666, la situation reste tendue, sans accrochage sérieux, jusqu’au traité de Bréda le 31 juillet 1667. L’état de guerre a empêché, par prudence, l’expédition de filles au cours de l’année 1666.

La colonie n’a pas besoin qu’on lui envoie des enfants, le climat rude exige des gens capables de s’établir le plus tôt possible. Autrement la charge de la colonie devient trop lourde. La manière d’attacher les colons à leur nouvelle patrie, c’est de marier leurs enfants, une fois établis sur des terres ils retiennent leurs parents, qui perdent ainsi le désir de retourner en France. Le peuplement de la colonie constitue toujours l’objectif principal de la cour. L’idée de peupler la colonie par les soldats paraît excellente. Les soldats vivent sur les lieux depuis trois ans, faisant d’eux des habitants de choix. Le roi leur accorde une année de solde pour les aider à s’établir.

L’intendant travaille aussi au mariage des jeunes nés dans le pays. Les jeunes hommes ne se marient qu’à 25 ou 30 ans ; le ministre Colbert considère que c’est trop tard ! Il faut « marier les garçons à 18 ou 19 ans et les filles à 14 ou 15 ». Le ministre n’approuve pas le régime des dots pour les filles, il va même jusqu’à proposer de doter les garçons. Ce serait la meilleure manière d’encourager les jeunes à se marier tôt. On éviterait ainsi la tentation de redorer son blason en épousant une fortune !

La Nouvelle-France se développe normalement par l’accroissement naturel et l’immigration. Les filles nées au pays ne suffisent pas, alors on continue les envois de France.

Depuis quelques années, des filles à marier viennent de France. Celles qui sont déjà établies écrivent certainement à leurs anciennes compagnes ; les orphelines savent lire et écrire. Ainsi les nouvelles se répandent rapidement, et les jeunes filles, qui acceptent de passer dans la colonie connaissent un peu ce qui les attend. Les colons qui n’ont pas réussi à se bâtir une habitation trouvent difficilement une compagne.

L’intendant réclame des futures émigrantes qu’elles aient beauté, santé, habileté et liberté. La principale plainte est leur manque de robustesse, elles ne sont pas habituées à la rude vie qui sera la leur : il faut travailler d’arrache-pied pour s’établir et l’épouse doit prendre sa part de labeur.

En 1672, il ne vient aucune fille du roi, mais à l’automne le gouverneur Frontenac fait une nouvelle demande, ce manque de filles provoque la rareté et des abus se produisent. Frontenac demande non seulement des filles, mais aussi des engagés, la colonie n’a jamais trop de bras.

Connaissant le nom des parents de la plupart des filles, nous devons conclure qu’il ne s’agit pas d’enfants trouvés. Ce sont des orphelines ou des filles de familles pauvres, élevées dans des maisons de charité. Toutes ces émigrantes s’engagent sans contraintes d’une manière volontaire. Le choix se fait parmi celles qui acceptent de tenter l’aventure.

Troisième période 1674-1760 (moins de 100 femmes)

Sa population se développe par l’accroissement naturel, à partir de 1674 nous ne trouvons plus de grands contingents de filles à marier. Les filles ne traversent pas avec l’intention de se marier, mais seulement pour instruire les enfants de colons ou les sauvagesses en leur montrant à tricoter, filer et faire de la dentelle, bref à faire un travail utile ( ! )

Le recensement de 1685, montre que la proportion des filles nées dans la colonie est suffisante ; il n’est pas nécessaire d’en envoyer de France. La Nouvelle-France progresse par ses propres moyens, toute émigration rapide est abandonnée depuis longtemps. Durant cette dernière période il ne vient plus que quelques filles. En 1679, sœur Marguerite Bourgeoys ramène quelques filles. 1684 voit arriver six ouvrières ; 1685, quatre institutrices et quelques filles attirées par des parents ou des amis.

Ce n’était pas tout d’aller s’établir en Amérique, les Français devaient partager avec les premières nations : les Indiens. Ces derniers étaient divisés en plusieurs nations rivales. Le jeu des alliances maintenait un certain équilibre, précaire, à cause des guerres ; les colons vivaient difficilement en paix avec les Indiens et les puissances rivales, l’Angleterre et l’Espagne.

Après la fondation de Québec, la colonisation ne fut pas rapide. Les rivalités entre la France et l’Angleterre gênèrent pendant plusieurs dizaines d’années le peuplement.

Père Archange Godbout. « Le contingent de filles de 1639 » in Le bulletin des recherches historiques, Lévis, 1939.

Leclerc, Paul-André. L’émigration féminine vers l’Amérique française aux XVIIe & XVIIIe siècles. Institut catholique de Paris, 1966, 380 p.

Pascale Girard

SNG à BAnQ

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