Le saviez-vous ?

321 huguenots auraient immigré en Nouvelle-France des origines à 1763.

Naissance du protestantisme

L’histoire des protestants francophones au Québec est en lien direct avec la naissance du protestantisme en France et en Suisse.

1517, Martin Luther, moine allemand, publie ses 95 thèses contre les indulgences, il sera excommunié en 1521. En 1523 à Zurich, Ulrich Zwingli propose une réforme globale, à la fois religieuse, politique et sociale. 1534, année que Jacques Cartier explore le golfe Saint-Laurent, Henri VIII, roi d’Angleterre, se sépare de Rome.

1571, les trente-neuf articles, formuleront la doctrine de l’Église anglicane.

 

Tout le protestantisme se reconnaît dans les affirmations centrales de Martin Luther : autorité souveraine de la Bible, justification par la foi, sacerdoce universel des croyants. Les rites s’organisent autour de la Parole et des deux sacrements à fondement biblique : le baptême et la cène.

Cette nouvelle lecture de l’Évangile ne se propage pas dans le calme. L’Église catholique choisit d’exclure les dissidents, de redéfinir les dogmes au concile de Trente (1543-1563), de permettre la fondation de la Compagnie de Jésus (1540) et de remettre sur pied l’Inquisition (1543).

1598, après guerres et massacres, Henri IV signe l’édit de Nantes, accordant l’amnistie aux protestants, la liberté de culte et une reconnaissance légale limitée.

Le conflit catholique-protestant est le moment où la France tente d’établir une colonie permanente en Nouvelle-France.

Les protestants en Nouvelle-France

Au cours du 16e siècle, des protestants et des catholiques ont participé à diverses tentatives d’établissements en Amérique.

Au début du 17e siècle, la responsabilité d’expéditions en Nouvelle-France revint souvent à des protestants français dans les premières années de la colonisation en Acadie et dans la vallée du Saint-Laurent. Les pressions des Jésuites trouvèrent écho auprès du cardinal Richelieu, préoccupé d’unité politique et religieuse, en 1627, l’organisation de cultes protestants fut définitivement interdite dans la colonie. La Nouvelle-France ne put donc servir de refuge aux persécutés européens, qui choisirent de s’installer dans les colonies anglaises du sud. Ceux qui sont quand même venus, durent abjurer ou garder intime leurs convictions, sans espoir de jamais s’assembler ou d’être enterrés en cimetière protestant.

Henri IV, d’origine huguenote par sa mère, est monté sur le trône de France en 1589. Afin de rallier ses sujets, il opta pour le catholicisme. Il mit fin aux guerres de religion en 1594 et est resté favorable aux protestants. Il n’est pas étonnant de retrouver sous le règne de Henri IV de nombreux protestants responsables de tentatives d’établissement en Nouvelle-France, tel Pierre Chauvin, qui installe à Tadoussac en 1600, le premier poste de traite de fourrures.

Le cardinal Richelieu, reflétant l’intolérance religieuse française de l’époque, décrète en 1627 l’interdiction de séjour et de culte pour les protestants en Nouvelle-France et la confiscation de leurs biens.

La Compagnie des Cent-Associés, formée en 1627 pour le commerce des fourrures, et qui est censée faire venir en Nouvelle-France 4 000 colons en 15 ans, ne remplira pas ses obligations.

Plusieurs soldats du régiment Carignan-Salières sont protestants, car l’armée les accueille sans réserve et leurs compagnons d’armes ne se préoccupent pas de leur appartenance religieuse.

Le clergé catholique est mécontent qu’on permette malgré tout aux huguenots d’immigrer dans la colonie. Il dirige ses efforts vers la conversion des protestants établis et obtient la participation des autorités civiles. Des mesures sont déployées contre les non-catholiques : Incitation à abjurer et à poser les actes du culte, exclusions de quelques certaines occupations et professions : médecin, apothicaire, sage-femme, contrôleur, commis, brigadier, archer, huissier, greffier, procureur, notaire, juge ; obligation de confier les enfants aux institutions catholiques.

Ce qui a réduit la vie protestante à peu de chose en Nouvelle-France, c’est l’impossibilité de s’assembler et de célébrer ouvertement les rites de passage : naissance, mariage, décès. Pas d’églises, pas de cimetières protestants.

En 1760, la conquête de la Nouvelle-France catholique par un roi protestant inverse totalement la situation. La Nouvelle-France devient officiellement une colonie protestante.

Les huguenots ont ainsi pu exercer publiquement leur religion dès 1759. Ils utilisèrent de plein droit des chapelles catholiques – la chapelle des Ursulines à Québec servit le premier de temple protestant – pour le culte, les baptêmes, les mariages et les funérailles. Ils étaient très officiellement enterrés dans des cimetières catholiques.

Le clergé catholique se montra on ne peut plus accommodant pour ne pas froisser les conquérants. Pour la même raison, les religieuses ne parlèrent pas de conversion ou d’abjuration aux militaires soignés dans les hôpitaux.

Abjuration : Consiste à renoncer formellement au protestantisme en signant un document qui en attestait, habituellement lors d’une cérémonie publique à l’église.

LARIN, Robert. 1999. Brève histoire des protestants en Nouvelle-France et au Québec ; Éditions de la Paix.

Pascale Girard

SNG à BAnQ

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